Les zones de repos sonore : exemple du festival Rock en Seine

Le décret de 2017 impose la présence de zones de repos auditif
Voir aussi : CADRE REGLEMENTAIRE / Obligations réglementaire Créer des zones de repos auditif ou des périodes de repos auditif
pour différentes catégories de lieux dont les festivals pour permettre aux festivaliers de se poser entre deux concerts pour discuter ou se reposer, tout en bénéficiant d'un niveau sonore réduit. En effet, pour tout concert à un niveau sonore élevé, il est recommmandé de faire régulièrement des pauses dans une zone moins bruyante pour permettre aux oreilles de récupérer et ainsi de prévenir l'apparition d'atteintes auditives
Voir aussi : ENJEUX SANITAIRES
. Dans le cadre d’un partenariat Fondation Pour l’Audition (FPA) / l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle (ENSCI), des propositions d'aménagements de zones de repos ont été faites par des étudiants et l'une d'entre elles a été testée à l'occasiondu festival Rock en Seine en août 2019.

Le cadre réglementaire

Article R1336-1.- II. du Code de la santé publique :

« L’exploitant du lieu, le producteur, le diffuseurVoir aussi : CADRE REGLEMENTAIRE Les parties prenantes et leurs responsabilités qui dans le cadre d’un contrat a reçu la responsabilité de la sécurité du public, ou le responsable légal du lieu de l’activité qui s’y déroule, est tenu de respecter les prescriptions suivantes : « créer des zones de repos auditif ou, à défaut, ménager des périodes de repos auditif, au cours desquels le niveau sonore ne dépasse pas la règle d’égale énergieVoir aussi : CADRE REGLEMENTAIRE / Quels sont les lieux concernés ? Qu’entend-on par « diffusion de sons amplifiés à des niveaux sonores élevés » ? fondée sur la valeur de 80 décibels pondérés AA énergie sonore égale, l’oreille humaine perçoit moins bien les sons graves (basses fréquences) que les aigus. Pour tenir compte de cette caractéristique de l’audition, les acousticiens adaptent le décibel tel qu’il est mesuré par un sonomètre en atténuant les basses fréquences selon une courbe de pondération dite « pondération A », comme le fait l’oreille pour les bruits courants. Le niveau de bruit est alors exprimé en dB(A). Cette unité dB(A), qui représente tant bien que mal le niveau sonore global du bruit tel qu’on l’entend, qui est utilisée presque systématiquement dans la pratique, notamment dans les réglementations sur le bruit. L’acoustique est une des rares sciences physiques qui a adapté ses unités et ses indicateurs à l’humain, au prix d’une certaine complexité pédagogique, tout simplement parce que l’ouïe est un sens, et que c’est cela qui nous intéresse !
Voir aussi : Lexique / Décibel (A) (courbe d'explication)
équivalents sur 8 heures. »

Les responsables de festivals se voient imposer la création de zones de repos auditif où le niveau sonore ne doit pas dépasser 80 décibels A.

 

Créer une vraie zone qui incite au repos

Si certains festivals ont d’ores et déjà des espaces dédiés au repos auditif de leurs visiteurs, la plupart n’ont en général que des lieux peu aménagés, souvent loin des espaces festifs attirant les festivaliers. Forte de ce constat, la Fondation Pour l’Audition (FPA) s’est associée à l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle (ENSCI) pour imaginer avec les étudiants les aires de pause sonore de demain.

L’enjeu est multiple :

  • participer à protéger l’audition des festivaliers s’exposant pendant plusieurs heures à des niveaux sonores potentiellement dangereux ;
  • penser une expérience attractive pour donner envie aux festivaliers de faire une pause et qui ne dénature pas l’esprit festif propre au lieu ;
  • sensibiliser ces mêmes festivaliers à l’importance de préserver leur audition
    Voir aussi : ENJEUX SANITAIRES
    durant toute leur vie.

Les étudiants de l’ENSCI ont donc œuvré pour trouver des solutions concrètes et séduisantes pour les festivaliers. Ils ont rencontré de nombreux professionnels (responsables de festivals, artistes, industriels du son, professionnels de santé et de la déficience auditive) afin de s’immerger dans le sujet et de comprendre aussi bien les enjeux du son, du capital auditif, des contraintes des lieux.

Différents projets ont été imaginés comme « Archimède », une microarchitecture sphérique de Mathilde SIgneux et Eliot Bernard ou encore « Daisy », structure métallique articulée proposée par Ludmila Vatime et pouvant accueillir 12 hamacs dont chacun est équipé d’un dispositif sonore à réduction de bruit actif. Neuf projets ont ainsi été présentés fin juin 2019 lors du festival Solidays et un premier concept a été choisi afin d’être testé en grandeur nature. En août 2019, le Totem de Martin Tiesse a été déployé au cœur de la zone de pause sonore « Relax sound system » durant les trois jours du festival Rock en Seine.

 

Le Totem, un havre de paix pour les festivaliers

totem rockenseineFig.1 : le Totem de Rock en Seine

 

Entre assemblage et sculpture, le Totem est une structure ouverte de repos sonore
Voir aussi : CADRE REGLEMENTAIRE / Obligations réglementaires Créer des zones de repos auditif ou des périodes de repos auditif
de proximité que l’on peut disposer à la croisée des différentes activités d’un festival. Entre deux événements, les festivaliers peuvent venir s’y asseoir ou s’y allonger pour se reposer ou discuter, tout en bénéficiant d’un niveau sonore réduit. Il permet notamment de sensibiliser à l’importance de préserver son audition
Voir aussi : CADRE REGLEMENTAIRE / Obligations réglementaires Informer le public sur les risques auditifs
.

Pour matérialiser l'espace, son concepteur, Martin Tiesse, s’est inspiré des travaux de LIKEarchitects qui fabriquent des microarchitectures par l'agglomération d'objets du quotidien. Ainsi, le Totem est composé de 51 chambres à air agricoles, objets peu coûteux et confortables, permettant de former un parterre moelleux, la structure totémique accueille en son centre 10 casques accrochés sur des enrouleurs de câble automatiques.

Lorsqu’un casque est enfilé, le festivalier bénéficie d’une réduction de bruit de 30 dBL’oreille humaine traite l’information qu’elle reçoit de telle manière que « plus le bruit augmente, physiquement, autrement dit plus le tympan vibre fort, plus la perception physiologique que l’on a, la sensation auditive, augmente lentement ». L’oreille transforme ainsi des multiplications du bruit en petites additions de la perception auditives (les matheux auront reconnu la fonction logarithmique). C’est pour cette raison que les acousticiens expriment l’intensité de la sensation auditive sous forme d’une échelle de niveau sonore exprimée en décibel (dB). Cette échelle en dB est évidemment liée au phénomène physique qu’est le bruit mais elle traduit la sensation auditive que l’on a de ce phénomène dans notre oreille. Les appareils de mesure du bruit, les sonomètres, sont conçus pour reproduire ce fonctionnement de l’appareil auditif humain et évaluer les niveaux sonores de cette manière, exprimés en décibel.
. Il peut choisir de profiter du silence ou d’accéder à deux canaux de discussion différents.

Un premier est le canal de discussion du Totem. Il est ouvert à n’importe quelle personne portant l’un des casques et permet aux festivaliers d’échanger avec des personnes, connues ou non, en face de soi ou de l’autre côté de la structure. C’est une sorte de chat public « In Real Life » pouvant créer des rencontres inopinées ou des situations improbables.

Un second est un canal de discussion plus intime, qui regroupe les casques deux par deux et permet d’échanger avec une personne de son choix, assise à ses côtés.

Lorsque le casque n’est plus utilisé, l’enrouleur le ramène à l’abri au centre de la structure en attendant le prochain festivalier.

Ce concept a connu un véritable engouement des festivaliers venus s’y détendre et y faire une pause loin du bruit des concerts et n’a pas désempli du week-end.

 

Caractéristiques techniques 

Type d’activité : Repos moelleux

Nombre de totems : Plusieurs dans le festival, selon sa taille

Dimensions : 5 m de diamètre, 4,50 m de hauteur

Matériel : 51 chambres à air agricoles, 10 casques de communication de chantier à réduction de bruit passif et micro sélectif, 10 enrouleurs à retour automatique, tissu lycra M1 bleu et vert, 130 sangles blanches

Temps de montage : 8 heures

Temps de démontage : 2 heures

Bénévoles encadrants : 2

Durée de l’attraction : libre

Nombre de personnes accueillies : 10 à 25

Fréquence de passage : en continu

Les idées ne manquent pas pour continuer à permettre au public de profiter pleinement et durable de la musique. Il y en a pour tous les types d’événements, de style, de musique, de grandeur, de localisation, etc. Organisateurs de festival, il ne vous reste plus qu’à vous emparer de ces projets et à les mettre en œuvre !

L’ensemble des solutions imaginées par les étudiants de l’ENSCI a été regroupé dans le livret « 80 dB » qui est disponible en téléchargement sur le site de la Fondation pour l’Audition (télécharger le livret).

 

Pour en savoir plus

Fondation pour l'audition

Les ateliers de l'ENSCI

Le Totem est un espace d'échanges et de rencontres à volume réduit.

Livret 80 dB

Pour discuter sereinement avec ses amis

Pour se reposer tranquillement du milieu ambiant bruyant

Le Totem permet de se poser entre deux concerts, discuter ou se reposer, tout en bénéficiant d'un niveau sonore abaissé.