L'isolation acoustique : ses limites

Doublages : 20 cm au moins, sinon rien (lieux clos) !

La diffusion de musique amplifiée, aujourd'hui, implique une prépondérance énergétique des fréquences basses (avec un pic à 50 Hz). Par conséquent, les stratégies d'isolation doivent être adaptées aux spécificités physiques liées à la propagation des basses.

Comportement des parois doubles

Le seul fait d'ajouter une plaque BA13 sur une paroi en béton crée un système accordé : l'isolement chute à la fréquence de résonance, qui est fonction des masses respectives des deux parois et de la distance entre les deux parois.

Par exemple, pour respecter l'émergence spectrale dans la bande d'octave centrée sur 125 Hz, un faux plafond constitué de deux plaques de plâtre BA13 suffit. Mais attention, ce même faux-plafond diminuera l'isolement dans la bande d'octave centrée sur 63 Hz ! De même, lorsqu'on souhaite isoler un mur de béton, une paroi BA13 distante du mur de 10 cm, même avec un remplissage en laine minérale, fait perdre 5 dB d'isolement dans la bande d'octave centrée sur 63 Hz (la fréquence de résonance se situe aux alentours de 50 Hz) ! De même, deux plaques BA13 situées à une distance de 5 cm de la paroi seront tout aussi inefficaces dans le 50 Hz.

Conclusion

Quand on diffuse de la musique amplifiée avec une prépondérance énergétique des fréquences basses, soit on est prêts à perdre au moins 20 cm sur les murs et au plafond, soit on ne fait rien !

La cloison séparative n’est pas forcément la cloison faible

Quand on souhaite réduire la transmission sonore d’un local à un autre, il faut garder à l’esprit que la performance d’atténuation acoustique sera fonction de la quantité de bruit transmise par chacune des parois composant le local de réception. Dans certains cas, fréquents, la majorité de l’énergie acoustique n’est pas le fait de la seule cloison séparative, mais des murs, plancher et plafond qui lui sont liés.

 

L'énergie acoustique transmise entre un local d'émission et un local de réception peut emprunter plusieurs voies de passage :

  • la paroi séparative directe : par sa mise en vibration, elle transmet l’énergie acoustique au local de réception. Il s'agit de la transmission directe.
  • les parois liées à la paroi séparative : par sa mise en vibration, la paroi de séparation transmet de l’énergie acoustique aux parois latérales du local de réception qui lui sont liées. Il s'agit des transmissions indirectes.
  • les différentes perforations dans la paroi séparative (trous, fissures et défauts d’étanchéité présents dans la paroi de séparation, traversées de gaines ou de canalisations) : il s'agit des transmissions parasites.

 

transmissions directes indirectes

cloisons B

Fig.1 : Transmissions directe, indirecte et parasite (la figure du haut correspond à une vue de dessus)

 

Entre deux constructions contiguës ou superposées, on dénombre une voie de transmission acoustique directe et douze voies de transmissions indirectes (trois pour chacune des deux parois verticales, et trois pour le plancher et le plafond).

En l’absence de transmissions parasites, lorsque la paroi de séparation et les parois latérales sont lourdes et non doublées par un complexe d’isolation, l’énergie acoustique transmise par les parois latérales est trois fois plus importante que celle transmise par la paroi de séparation.

En termes d’isolement acoustique, elles sont la cause d’une perte de 5 dB par rapport à l’isolement correspondant à la seule transmission directe. La perte d’isolement est encore aggravée si une ou plusieurs parois latérales sont en maçonnerie légère et rigide (carreaux de plâtre, briques plâtrières) ou s’il y a des transmissions parasites.

encadré cloison

 

Dans la pratique

Dans bien des cas, le doublage de la paroi séparative est nécessaire, mais pas suffisant. Il faut dans ce cas traiter aussi chacune des transmissions indirectes.

deux images combinées cloison séparativescloisons C2

 Fig.2 : Effet du traitement de la seule paroi séparative (figure du dessus) et des murs latéraux (figure du dessous) 

 

De manière similaire, dans le cas d’une propagation verticale d’un étage à un autre, le seul traitement du plafond peut ne pas suffire. Il faudra envisager des compléments de traitements notamment au niveau de certaines parois latérales, voire traiter toutes les parois en fonction du besoin.

Certains éléments architecturaux peuvent favoriser la propagation dans la structure : cheminées anciennes ou actuelles, poteaux, escaliers, fuite par la façade qui remonte dans l’appartement par les ouvertures… Les chemins de propagation peuvent être complexes. Les fondations, sous-sols, bâtiments intermédiaires, structure métallique sont parfois des chemins de propagation indirecte qu’il faut intégrer.